Les voitures électriques sont-elles vraiment « propres » ?

A la différence des véhicules thermiques, la majorité des impacts environnementaux d’un véhicule électrique intervient lors de la phase de fabrication. Les gains environnementaux d’un véhicule électrique se retrouvent donc à l’usage, à la condition que  la production électrique du parc soit peu carbonée.

Cela peut surprendre mais effectivement  une voiture électrique nécessite deux fois plus d’énergie pour sa fabrication qu’une voiture thermique. Un des pôles les plus énergivores est l’assemblage des batteries.

En cause, l’extraction des matériaux rares (cobalt, lithium, graphite…) et leur recyclage qui composent les batteries lithium-ion utilisées sur le marché. 

Par ailleurs, l’analyse ne sera pas la même en Allemagne, où la production électrique émet en moyenne 500 g de C02 par kWh produit (en raison de l’importance des centrales au charbon et au gaz) et en France où le parc tourne autour de 50 g/kWh, en raison de l’importance du parc nucléaire.

Au final, pour un cycle de vie moyen estimé à 150.000 km, la voiture électrique émet autour de 9 tonnes de CO2 en France contre 22 tonnes  en Allemagne .

Pour un véhicule diesel on est à 22 tonnes et environ 27 tonnes pour une voiture à essence. Par contre pour un véhicule au gaz naturel les rejets sont sont moins importants que  pour le diesel à 19,5 tonnes.

Il faut donc faire plus de 150.000 km (fin de vie) pour  que l’impact écologique d’une voiture électrique soit moindre que celui d’une voiture diesel en Allemagne ou en Chine.

Par ailleurs les émissions représentées par la voiture électrique restent plus importantes que celles d’une voiture au gaz naturel (+ 2,5 tonnes de CO2) sur le cycle de vie.

La tendance actuelle à l’accroissement de la taille de batteries pour augmenter l’autonomie sur les véhicules électriques, est préjudiciable pour l’impact GES de la filière électrique.

En résumé on peut en déduire qu’un véhicule au gaz naturel éventuellement hybride rechargeable semble la solution la plus pertinente du point de vue de l’impact sur les émissions de GES (gaz à effet de serre), grâce à leur batterie de taille limitée parfaitement adaptée à l’usage majoritaire du véhicule.

Pour une transition énergétique cohérente et efficace

Pour réussir le projet de transition énergétique  et tendre vers une énergie durable pour tous, il est indispensable de s’appuyer de manière équilibrée sur les trois piliers du développement durable : le pilier climatique, le pilier sécurité énergétique et le pilier économique.
l’énergie doit être propre,  disponible et abordable.

On doit impérativement éviter d’en hypertrophier un ou deux par rapport au troisième sous peine de mettre en péril les fragiles équilibres de notre société de croissance.

L’Europe possède déjà  l’intensité énergétique la plus faible du monde.
L’Europe possède également l’énergie la plus décarbonnée du monde.
Mais il reste une marge de progrès importante dans ces deux domaines.

Pour satisfaire l’objectif climatique de Paris il faudra réduire encore nos émissions de C02 et aussi réduire dans notre mix énergétique, la part d’énergies fossiles les plus émettrices (charbon et pétrole) au profit des énergies moins émettrices (gaz) ou non émettrices (renouvelables et nucléaire)  mais surtout continuer de réduire notre intensité énergétique.

Il faudra aussi capter et stocker  les émissions de CO2 la ou les énergies fossiles restent indispensables.

Mais la transition énergétique ne peut pas se restreindre à la seule réduction des émissions de CO2. L’indépendance énergétique , la disponibilité de l’énergie est  au moins aussi importante.

L’Europe a besoin de développer une stratégie commune envers les énergies fossiles afin de réduire sa dépendance.
Si ses fournisseurs de pétrole et de charbon sont nombreux et diversifiés, il n’en est pas de même des fournisseurs gaziers, la tentative de développer le gaz de schiste n’ayant pas abouti, le problème de notre dépendance vis à vis de la Russie reste  une préoccupation majeur  même si le gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance des USA (gaz de schiste) ou du Proche  Orient pourrait présenter une source d’approvisionnement permettant à l’Europe de diversifier ses importations gazières.

Mais la dépendance énergétique de l’Europe ne s’arrête pas aux hydrocarbures. 

Les énergies renouvelables, les batteries, les piles à combustible présentent une dépendance au niveau des matériaux (lithium, cobalt, terres rares ) encore bien plus critique  que celle des hydrocarbures. Les réserves mondiales de ces matériaux sont en effet très inégalement reparties.

Contrairement aux idées reçues les énergies renouvelables et l’avènement de la voiture électrique ne résolvent en rien le problème d’indépendance énergétique de l’Europe.

Les événement récents ont aussi clairement démontré que l’énergie ne devait pas seulement être propre et disponible, elle doit aussi être abordable. 

« Le pas cher est aussi important que le propre »

La vie quotidienne et la compétitivité des entreprises sont largement conditionnées par les prix de l’énergie.
Malgré une libéralisation des marchés européens de l’électricité, le prix du kwh  varie au sein de l’Union de 0,1 €/kWh en Bulgarie à plus de 0,3 €/kWh en Allemagne et au Danemark.
La disparité des prix reflète en grande partie le coût de déplacement du thermique ou du nucléaire vers les énergies renouvelables.

L’énergie doit être considérée comme l’aliment incontournable de la croissance économique et du développement social.

Mais bien plus que le pétrole, le gaz ou le charbon, la transition énergétique a deux véritables ennemis :

Le premier est l’écologie politique punitive qui hypertrophie le pilier du climat aux dépends de la sécurité énergétique et de la compétitivité économique. Son projet et son idéal est la décroissance économique.

Le second est le nationalisme et le populisme qui par nature privilégie les piliers économiques et surtout l’indépendance énergétique aux dépends du pilier climatique.

Il est indipensable que l’Europe ait un rôle moteur pour lier  de manière cohérente et efficace les enjeux sociaux, économiques, géopolitiques, et climatiques de la transition énergétique.